vendredi 20 novembre 2009

AYLER I MEAN YOU (To Albert Ayler)

EC : guitars
Norman Minogue : theramin, drums and shortwave radio
Joey Conroy : stringed instruments
Steve Good : clarinets and saxophone
Eena Ballard : viola
brian Ritchie : acoustic bass guitar
Carrie Shull : oboe
Mark Southerland : tenor sax and flute-a-phone
Bill Mc Kemy : bass
Matt Dillon : percussion, vibraphone, etc

Le fantôme d'Albert Ayler hante les parois fissurées de la house of Chadula dont le propriétaire est depuis longtemps sous l'emprise du sorcier créateur de « Ghost », d'avantage versé dans la spiritualité que dans la contestation mais dont la musique anarchiste a une portée politique vivace faite pour séduire et inspirer Chadbourne. Quelques années avant la mise à feu de l'album « Ayler Undead » sort sous le manteau cette cassette emballée dans une boite de dragées épicées (!), pièce rare donnant à entendre des groupes qu'on découvrira bientôt. Le Horror Part One Band signe un pacte avec le diable et se transforme en fanfare hurlante faite pour déchirer les membranes et exploser les murs à force de combustion spontanée (« Witches and Devils», « Prophecy »). Surpris en pleine séance de spiritisme le trio Insect & Western avec Brian Ritchie et Carrie Shull aime souffler les braises et faire danser les feu follets dans les marais (« Change Has Come »). Enfin les Malachy Papers violent discrètement les sépultures lors de leur virée nocturne ("Nefertiti / The Walking Dead / The Hand of Death / I Mean You") ou surgissent même les cadavres d'Hendrix et des Beatles (citation de « Here Comes the Sun »). Encore une cassette maudite qui mériterait résurrection !

EG

mercredi 7 octobre 2009

HORROR PART 4: THE THINGS WITH TWO HEADS


Le quatrième volet de la série Horror est un tribute à Ray Milland, acteur de films Z déjà célébré dans le volume 3. Chadbourne, dans les notes de pochette, précise que tout ce qu'il a enregistré dans sa vie l'a été sur du matériel défaillant (on le croit, mais Chadbourne sait aussi jouer avec le matériel défaillant, contrainte artistique supplémentaire et féconde) et que sa table de mix Yamaha, qu'il possède depuis les années 80, a carrément lâché pendant l'enregistrement. Il s'excusait déjà, sur l'innommable et fabuleux Dinosaur on the way, pour les pannes successives du "tape recorder". Eugene déclare que soudainement inspiré par cette mort subite de la table, il a décidé denregistrer tout le disque sur une seule piste, en direct, sans overdubs et donc sans table de mix. Horror 4 est un disque de bruitages (comme tous les autres de la série) plutôt intriguant, primitif, et surtout surprenant. Car on ne reconnaît pas bien. De quoi, peut-il donc bien jouer? On l'entend manipuler des choses diverses, et indéfinissables: il précise dans les notes qu'il joue de la guitare préparée, qu'il manipule des Cds, qu'il réutilise sans sa permission les messages que Senol Baskert, un écrivain, a laissé sur son répondeur, qu'il détruit sa défunte table à la hache, et qu'autant, à l'époque du volume 3, il a enregistré son tribute en direct en regardant The man with the X Ray eyes (avec Ray Milland donc), parce que "c'est un chef-d'oeuvre", autant cette fois, il n'a pas souhaiter le regarder une nouvelle fois parce que c'est une "grosse merde". Chadbourne témoigne ici de sa capacité à créer envers et contre tout, avec tout ce qui lui passe par la main. Musicien préhistorique, il survivrait à une apocalypse nucléaire et, dans sa caverne, graverait des disques vraiment cognés sur des rondelles de silex.
ALG

MY NEW LIFE # 1 (Cassette 1987)


MY NEW LIFE #1 (cassette 1987)

La série « my new life » est colossale, avec plus d'une cinquantaine (!) de cassettes témoignant de concerts en solo. Ce tout premier volume (sorti en 1987 à l'époque de « Kill Eugene ») fait l'effet d'une bombe. Chadbourne réalise une performance incroyable aux allures de best of où tout s'enchaine sans répit comme une attaque skud : bain d'acide hendrixien (« Secret of the cooler »), précipité beebop'n roll (« Funny how time slips away », « Parker's mood », « Dang me »), vocifération psychotique (« How can you kill me I'm already dead », reprenant un discours de Charles Manson !), concrétions extraterrestres (« Bluegrass breakdown », « Psychotic reactions »), bouillie de plunger et d'electric rake au kilo, pelotes de banjo (« Big boys with little balls », « There but for fortune » de Phil Ochs), madeleine à la Eddie Chatterbox (une version d'anthologie de « Stardust »), blues de camisole et dingueries Goofy Goofiennes (citations de « TV party »), pot-pourri en re(dé)composition (« Johnny Paycheck medley ») protest song ("Better comin out than goin in »), séance d'hypnose pré-opératoire (?) et mille autres gâteries durant ces 90 minutes pathologiques qui constituent un cas d'étude idéal pour une thèse psychiatrique !

EG

mardi 6 octobre 2009

HORROR PART 11

"It was no problem finding performers who wanted to pay tribute to the number eleven. Everyone wanted to be in on the action, so as a result the compositions Horror Part Eleven features excerpts from many of the greatest performances in the history of mankind, perfectly appropriate as there could be no mankind, and thus no history, without the number eleven."
Eugene Chadbourne

Un des volumes les plus réjouissants de la série Horror, le volume 11 est un savant télescopage entre le banjo et la guitare préparée d'Eugene, les instruments percussifs de Mark Dixon (un comparse de Greensboro), qui tape sur des éléments de machine à laver, une machine à écrire, ou des tas de petits ustensiles, et manipule de l'électronique cheap, et une pile de 1111 disques (le docteur exagère, mais il y a ENORMEMENT de lambeaux de disques collés ici et là au petit bonheur la chance). La performance a eu lieu au Gate City noise en 2005. Les extraits collés sont accélérés, flangerisés, déformés, joyeusement mutilés, et la superposition des percussions et des citations, situées à l'arrière-plan, crée une étrange féérie lysergique, comme si la BO de Bambi passait derrière un concert de musique bricolée. Les percussions sont sommaires, et évoquent le côté tribal de Chasin' the captain Jack. Le tout est censé illustrer les terrifiantes implications symboliques du nombre 11, qui aurait servi de clef secrète pour mixer et masteriser le tout. C'est surtout l'occasion de retrouver le sympathique nouveau magnéto 24 pistes du docteur, déja impliqué dans Country Boobs, Horror 12, ou Museo della musica. Un disque bien frappé, mais riche et chaleureux, où le musicien improvisé adepte des rencontres et le colleur dément des Tape Madness se télescopent idéalement.
ALG

HORROR PART 5: THE RETURN OF THE EVIL CLUB

THE RETURN OF THE EVIL CLUB - horror part 5
(8 Solos for Prepared Guitar)
House of Chadula #2002H
The Return of the Fender Champ / The Return of the Evil Club / The Return of the Thing with two Heads / The Return of the “Under the Bridge” Man / The Return of Hook Polly / The Return of Hail Mary, Mother of God / The Return of Henry Miller’s Corpse / The Return ofthe Decrepid Sawer of Bones (EC)
EC : prepared guitar

Programme alléchant avec cet album entièrement consacré à la guitare préparée, près de 30 ans après ses premiers essais. Ce qui impressionnait alors - une sorte d’équilibre miraculeux entre rigueur et excès - est malheureusement absent ici. Chadbourne continue l’aventure mais s’égare sur les chemins tortueux de l’improvisation totale, qui en l’absence d’inspiration perd l’essentiel de son attrait pour se réduire à un simple exercice technique qui tourne à vide. Sans remettre en cause l’intégrité de son engagement et l’honnêteté de sa démarche, force est de reconnaître que même avec un effort soutenu on finit par s’ennuyer ferme durant ces longs morceaux informels sans véritable structure ni transport émotionnel, d’un discours qui frise la complaisance. La recette est pourtant la même qu’à l’époque des « solo acoustic guitar » (une exploration et une extension du potentiel sonore de la guitare, développé en temps réel) mais Eugene peine à faire partager l’intérêt et le plaisir qu’il a certainement éprouvé dans ce projet. Un choix plus restreint ou un montage des quelques séquences réellement accrocheuses («The Return of the Thing with two Heads», «The Return of Hook Polly») aurait peut être pu former un bon morceau. Même si plus riche et varié que « Frankenstein on Ice » (autre grande déception), cet album fait partie des volumes dispensables de la série. Pour collectionneurs uniquement.
EG

dimanche 4 octobre 2009

21 YEARS LATER (with HAN BENNINK - 2000)

21 YEARS LATER
2000 - Leo Cd LR 324
One Year Later (EC/HB) / Love For Sale (Cole Porter) / Two Years Later (EC/HB) / Train Kept a Rollin’ (Folk Song/arr. EC) / I’ve Got a Crush on You (G.&Y. Gershwin) / Three Years Later (EC/HB) / Sacrifice (Lemmy Caution) / Imagination (Johnny Burke/Jimmy Van Heusen) / Four Years Later (EC/HB) / Five Years Later (EC/HB) / Miss Ann (Eric Dolphy) / Six Years Later/Lonesome Fugitive (EC/HB/Merle haggard) / Seven Years Later (EC/HB) / A Good Year for the Wine (Fred Burch/Tandy Rice) / Eight Years Later (EC/HB) / Corvovado (Antonio Carlos Jobim).
EC : electric guitar, acoustic guitar, 5-string banjo, electric rake, vocalsx
HB : drums

Retour sur la route des vieux briscards, 21 ans après le premier témoignage discographique en trio avec le trompettiste Toshinori Kondo (Jazz Bunker, également chez Leo), pour cet enregistrement quasi intégral d'un concert de leur tournée américaine. Si Chadbourne aime à multiplier les joutes avec batteur, cette rencontre (attendue) avec le hollandais ("from Nashville Tennesee" !)semblait inévitable tant les deux hommes partagent le goût du nomadisme, de la provocation et du musicalement « incorrect », dans une incorrigible tendance à l’anarchie et parfois au cabotinage, transcendés par une énergie et une fantaisie toujours juvéniles.
On est bien sur plus proche du travail avec Paul Lovens (Me & Paul) que de la série du Jack and Jim Show (avec Jimmy Carl Black), les percussionnistes européens étant tout deux des grandes figures de la free music « historique » et à ce titre des influences importantes pour Chadbourne (cf texte de pochette de Miss Ann) qui trouve en eux des alter ego délurés et endurants.
On ne sera donc pas surpris de la complicité liant les deux hommes qui excellent autant dans les impro folles et débridées que dans les accompagnements imparables de précision et de swing. Leur jeu multidirectionnel permet de varier les plaisirs et les registres : country, rock’n’roll, free, standards à l’ambiance chaleureuse (Love for Sale, I've Got A Crush on You) qui montre l'étendue de leur savoir et de leur maîtrise du langage jazz. comme pour Me & Paul, le concert se construit sur une alternance de reprises de chansons (de Gershwin à Motorhead !) et d’intermèdes improvisés. A noter parmi les meilleurs moments une excellente version de Miss Ann (retour aux sources pour l’un et l’autre), un très foisonnant et inspiré Four Years Later et un hilarant Train Kept a Rollin’, qui prouvent combien cette rencontre est à la hauteur de ce qu'on peut espérer de nos agitateurs, approchant ici les sommets de la folie créative du duo Bennink / Steve Beresford.

EG

TERROR HAS SOME STRANGE KINFOLKS (W Evan Johns - 1993)

Deuxième collaboration avec Evan Johns après Vermin of the blues, Terror has some strange kinfolk est aussi carré que son prédécesseur: du rock solide, charpenté par le groupe de Johns, The H Bombs, avec quelques dérapages soigneusement calibrés. Signé sur Alternative tentacles, on retrouve peut-être là l'influence de Jello Biafra, amateur de punk bien en place, parfois trop (Jello est un redneck qui s'ignore), mais Eugene fait tout de même un somptueux solo de Rake sur Achey Rakey heart, déversant son innommable sauce free sur tout ce rockabilly (à noter, d'ailleurs, beaucoup de bruit à la fin du morceau, dont des sifflets, des cuivres?, et un tas de choses qui flûtent dans le désordre). Dans l'ensemble, cependant, le disque reste bien sage: des chansons, par ailleurs très agréables, jouées par un groupe qui aime les angles droits, dans une joyeuse ambiance white trashbilly traversée de traînées de pedal-steel. Les morceaux sont alternativement chantés par Chadbourne, dans le rôle de l'inquiétant jardinier nasillard, et par Johns, dans celui du gros ours bourru whiskifié jusqu'à l'os. Gros son, album de très bonne facture, de quoi réjouir tout amateur du catalogue d'Alternative tentacles. A rapprocher plus de Prairie Home Invasion, le disque cowpunk de Biafra et Mojo Nixon, que de LSD C&W, ou de la fondue texane savoyarde de Country boobs. Heureusement, un bon lâcher de ballon frotti-frotta à la fin de Sail my ship alone, un pétage de plomb (de prostate?) banjoïsé sur I gotta pee, l'excellent Georges Bush's bones jig, réjouissante gigue acoustique et politique, le merveilleux et stupide Desert storm chewing-gum, chanté par un Chadbourne miniature particulièrement débile, un accident de travail psychédélique en plein milieu de Let'em drink while they're young, quelques gros insectes échappés des cordes du docteur, qui vrombissent parfois là où il ne faudait pas, une interlude qui n'aurait normalement pas dû être là (Missing engineer), et un Killbillies qui termine en eau de chaussette. C'est finalement sur les morceaux acoustiques, lorsqu'ils marient humblement leurs instruments et tricotent ensemble comme des joyeux artisans, que Johns et Chadbourne semblent le plus à l'aise, comme sur Got the blues and can't be satisfied, ou Living ou the country.
ALG